La césarienne : cette cicatrice que l’on ne voit pas

//La césarienne : cette cicatrice que l’on ne voit pas

La césarienne : cette cicatrice que l’on ne voit pas

C’est l’histoire de ta naissance. Si magique et à la fois si traumatisante. Quand je me suis réveillée, je t’ai découvert en peau à peau sur ton papa. C’était tellement beau et à la fois tellement triste de ne pas avoir pu te serrer contre moi en premier. C’est une douleur silencieuse. J’ai beaucoup pleuré ta césarienne. J’avais l’impression d’avoir loupé ta venue au monde, de ne pas avoir réussi mon accouchement, de ne pas avoir été à la hauteur. A ta hauteur ma chérie. D’avoir failli dans mon rôle de mère. Dans cette première mission, celle de te donner la vie. Tellement déterminante pourtant pour le reste de ton existence. Tu as fait une entrée fracassante dans ma vie. Je ne m’y attendais pas. Qui peut prévoir une césarienne d’urgence. Quand tu vis une grossesse merveilleuse. Je suis partie à la maternité la fleur au fusil. J’étais tellement naÏve… Et dès que j’ai passé ces portes, il y a quelque chose qui s’est fermé en moi. J’étais dans un environnement froid entourée de personnes inconnues. En même temps que je découvrais la salle d’accouchement, ce nouveau lieu, j’avais des contractions. Cette douleur qui me traversait. Comment les accueillir sereinement dans ces conditions ? Heureusement que ton papa était là avec moi. Chaque contraction je le tenais dans mes bras, grâce à l’haptonomie j’avais pris conscience de l’importance du toucher qui m’aidait à passer chaque vague. Mais ça c’était au début. Quand j’étais avec ton papa seule dans cette petite pièce blanche à attendre. Assise sur on ballon, j’attendais des signes. Tes signes. Et puis rien. 24h plus tard le travail n’était pas encore lancé malgré les contractions qui s’arrêtaient, reprenaient. Alors ils nous ont proposé de passer en chambre après une journée dans cette salle attachée au monitoring avec ton papa assis sur une chaise, et les sages femmes qui venaient de temps en temps pour vérifier les machines et la progression à coup de “vous permettez ?”. Pendant cette nuit dans la chambre tu t’es manifesté davantage, et j’y croyais. J’avais espoir que tu arrives. Et puis toujours rien. Toujours déçue à chaque passage de la sage femme qui n’apportait pas de bonne nouvelle. Ce col ne s’ouvrait pas assez. C’était long, bientôt 48h déjà que nous étions à l’hôpital. Et puis ce matin là ils nous ont proposé le déclenchement. Pour accélérer les choses. Nous avons accepté sans hésiter. Nous ne connaissions pas les risques d’un acte qui paraissait tellement anodin. Alors nous sommes redescendus en salle. J’avais hâte de te rencontrer. J’étais fatiguée. Je n’avais pas imaginé que ce soit si long. Alors ils m’ont proposé la péridurale que je ne souhaitais pas. Depuis le début de mon arrivée je les avais prévenu. Malgré ce déclenchement artificiel par injection, je persistais à vouloir garder le contrôle sur mon corps. Garder cette ligne de conduite que je m’étais fixée. La situation commençait à m’échapper et c’était une façon de me raccrocher à ce que j’avais prévu. Et puis toujours rien. Les heures passaient. Alors ils m’ont dit qu’ils allaient forcer les doses. Que je n’allais pas supporter la douleur. A ce moment là je n’avais plus le choix. J’ai pleuré quand ils m’ont posé la péridurale. Je ne la voulais pas. Je voulais un accouchement naturel, sans artifice. Je voulais affronter cette douleur. Et puis j’ai lâché. J’ai rompu le lien avec toi. Je ne sentais plus rien malgré que je “contrôlais” l’intensité de la péridurale. Je perdais pied. Le scénario que je n’avais pas prévu. Qui peut prévoir que quelques heures après être restée sur le dos à attendre inlassablement un signe que le médecin allait surgir dans la pièce sortit de nulle part et dire ce mot fatal : césarienne d’urgence. Tout s’est effondré autour de moi. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivais. Ce qui nous arrivait. Ca s’est passé si rapidement. Code rouge. Tout le monde s’affolait autour de nous. Et ton papa nous a suivi au bloc. Je me souviendrais toujours au moment où j’ai entendu : “incision”. J’ai retenu mon souffle. Ils t’ont sorti de moi et nous ont présenté furtivement : je ne pouvais pas te prendre dans les bras, juste te regarder en pleurant et en disant “mon bébé”. Nos regards se sont croisés. Et puis ton papa ta suivie dans la salle d’à côté. Il a coupé le cordon qu’il restait. Je me suis endormie et quand je me suis réveillée j’étais seule. Puis c’est là que je t’ai découvert dans les bras de ton papa. Je t’ai enfin senti contre moi. C’étaient nos premiers moments à toutes les deux. Je t’ai donné le sein sans trop savoir comment faire. Et puis nous sommes remontés en chambre. C’était la nuit alors nous nous sommes endormis tous les 3 et malgré cette douleur au ventre je me relevais pour te prendre chaque fois que tu pleurais. Le lendemain matin c’est ton papa qui t’a fait les premiers soins, donné ton premier bain sous mes yeux. J’étais encore une fois impuissante. C’était dur. Alors le soir même je me suis levée. Je voulais tellement m’occuper de toi. S’en était trop. Je ne voulais plus passer à côté de ces premiers instants si précieux. J’ai repris les rennes. J’ai repris possession de mon corps. Tu as beaucoup pleuré à la maternité. Comme inconsolable. C’était très dur. Et puis cette montée de lait qui tardait à arriver. J’ai tiré le lait. Puis ils ont voulu te compléter sinon ils ne nous laissaient pas rentrer chez nous. J’étais comme un lion en cage. C’était trop. Et enfin nous sommes rentrés tous les 3 à la maison. La vie reprend son cours. Quand je croisais des femmes enceintes je pleurais. Car j’aurais tellement aimé vivre un autre accouchement. Ce n’était pas celui dont j’avais rêvé. J’étais brisée au plus profond de mon être. Et pourtant je ne pouvais pas m’apitoyer sur mon sort car “ils nous avaient sauvés”. Oui. C’est ce que tout le monde me disait. Tout va bien. Vous avez eu de la chance d’être en vie toutes les deux. Et puis moi j’avais ce nouveau corps à apprivoiser : j’étais la fiancée de Frankenstein avec ces agrafes. Entre les piqûres post opératoire, le tire-lait, tes pleurs. C’était beaucoup. Tes premiers jours, tes premières semaines ont été difficiles. Et puis tout est rentré dans l’ordre des choses. La vie a repris son cours. Mais dès que je parlais de ta césarienne je pleurais. Sur mon chemin j’ai eu la chance d’entendre les récits merveilleux de femmes qui ont accouchées chez elles. J’ai compris alors le sens du fameux féminin sacré. Je me suis posé des questions. Pourquoi moi ? A mes yeux c’était de ma faute. Et puis quand j’ai su que j’attendais un autre bébé, j’ai su que je ne voulais pas revivre ça. Je suis retournée voir ses femmes incroyables à mes yeux, qui avaient donné la vie dans leur foyer en se sentant puissantes. Je les enviais. J’ai réouvert le dossier “césarienne” afin de comprendre ce qui s’était réellement passé. C’est une cascade d’intervention qui a causé la césarienne. D’abord le déclenchement, puis la péridurale. Je n’avais pas eu toutes ces informations à l’époque lors de la préparation à la naissance et le jour de l’accouchement : je ne savais pas que l’une des conséquences de ces interventions étaient la césarienne. J’ai découvert en recueillant de nombreux témoignages autour de moi que je n’étais malheureusement pas un cas isolé. J’ai entendu de nombreux récits similaires au mien. Des césariennes d’urgence non expliquées. C’est alors que j’ai découvert le terme de violences obstétricales. Des femmes devenues mères avec pertes et fracas. Des femmes blessées. Pas que physiquement, comme me le rappelle chaque jour cette cicatrice sur mon corps. Car la blessure est plus profonde, elle est dans ma chair, dans mon âme. Et ma fille porte en elle aussi cette histoire.

Alors après avoir été en colère contre moi, contre mon corps, je l’ai été devant ce manque d’information pour nous préparer au mieux à l’arrivée de bébé. Car en ayant toutes les donnés en main nous pourrions avoir la possibilité de faire des choix libres et éclairés le jour J et déterminant pour le bon déroulement de l’accouchement. Nous savons aujourd’hui que la naissance est une étape déterminante dans le développement de nos enfants, alors prendre soin de ce moment clé c’est déjà prendre soin d’eux avant leur premier souffle.

Je déplore aussi le manque de prise en charge post opératoire d’un point de vue psychologique : je rêve d’un accompagnement dans sa globalité, corps et esprit. C’est tellement important pour aider la jeune maman à cicatriser toutes ses blessures, même celles qui ne se voient pas…

Libérons la parole des femmes : les témoignages sont précieux. C’est grâce à eux que j’ai pansé mes blessures et que j’ai regagné de la confiance en moi, en la vie.

Pour vous tenir en haleine, je vous laisse découvrir comment j’ai préparé cette deuxième naissance avec comme projet d’accoucher à la maison après cette césarienne.

Un grand merci à Laura Boil pour cette photo qui me tenait à cœur.

2018-11-28T07:53:59+00:00

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Pour apprendre à manger les produits de saison et faire le plein de vitamines :-)

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